Discrimination – 3 avril 2017

En finir avec la stigmatisation du VIH avec #undetectable

 

Pour nous séropositifs, la Déclaration suisse est sans aucun doute le principal message de ces dix dernières années. Le fait que nous ne transmettions plus le VIH à condition d’être sous traitement efficace est une réalité qui n’a de loin pas encore été comprise partout. L’Aide Suisse contre le Sida (ASS) veut changer les choses et a déjà franchi un premier pas avec la campagne #undetectable. Dans le cadre d’un entretien, Andreas Lehner, responsable du programme HSH, nous en dit plus sur cette campagne.

Les messages clés de la campagne sont les suivants:

  • La stigmatisation (et l’auto-stigmatisation) a vécu et n’a plus lieu d’être
  • Une thérapie efficace représente l’un des meilleurs moyens de prévention

Sous le label #undetectable, l’ASS renvoie au fait que les personnes séropositives dont la charge virale n’est plus détectable grâce à un traitement antirétroviral efficace ne transmettent plus le VIH par voie sexuelle. Le terme «undetectable» s’est aujourd’hui imposé aux Etats-Unis et dans d’autres pays, et notamment sur les sites de rencontre en ligne destinés aux gays. Des ONG et d’autres organisations l’ont repris et renforcé, lui donnant ainsi un poids officiel. Au début, la campagne s’adressait avant tout aux homosexuels. Mais il importe à présent de rendre ces informations accessibles à d’autres cercles. Tous doivent connaître et comprendre ce message afin que les séropositifs ne soient plus considérés comme un danger potentiel ou un foyer d’épidémie et qu’ils cessent d’éprouver de la honte et de la peur. Car cette ignorance et les préjugés qui demeurent sont très difficiles à vivre et sont à l’origine de problèmes psychiques et d’isolement social pour de nombreux séropositifs.

#undetectable – l’un des trois piliers de la prévention

Le message central est également important au niveau de la prévention. Si le VIH est moins stigmatisé, les gens auront moins peur de faire le test. Et s’il y a davantage de tests, davantage de séropositifs recevront le traitement et ne transmettront plus le virus. Cette perspective incite de nombreux séropositifs à commencer le traitement rapidement. Cela leur permet d’avoir une vie sexuelle normale ainsi que des rapports sans préservatifs et sans craintes. Andreas Lehner: Il faut dire haut et fort que des rapports non protégés avec un séropositif sous traitement sont sûrs en ce qui concerne le VIH, mais qu’ils sont en revanche très risqués avec un homme qui ne connaît pas son statut VIH. Mais nous disons aussi clairement que si, sous traitement efficace, on ne peut plus contracter le VIH lorsque l’on renonce au préservatif, on peut toujours contracter d’autres infections sexuellement transmissibles. Et c’est valable pour les deux partenaires. Pour Andreas Lehner, la méthode de prévention conventionnelle, à savoir l’utilisation de préservatifs lors de rapports sexuels, n’est nullement obsolète. Il ne craint pas que la campagne soit interprétée comme un appel aux rapports sexuels sans préservatifs. Au contraire. L’ASS prend les choses en main, informe sur le sujet, sans rien omettre. La campagne fournit toutes les informations requises et ne laisse aucune place aux demi-vérités et aux spéculations. Andreas Lehner: Nous disposons pour le groupe cible des gays de trois outils de prévention majeurs: le préservatif, la PrEP et le traitement au stade indétectable. Il ne faut pas oublier que les homosexuels se protègent toujours très bien. Mais à l’heure actuelle, la pratique du sexe anal est bien plus fréquente qu’il y a quelques années encore. L’enquête Gaysurvey, réalisée à intervalles réguliers, révèle que seuls environ 30% des homosexuels avaient encore des relations anales dans les premières années de l’épidémie de VIH. Avec ou sans préservatif, la peur du VIH était énorme. Mais elle a beaucoup diminué ces dernières années vu que la maladie n’est plus mortelle. Aujourd’hui, environ 80% déclarent pratiquer le sexe anal. Même si la très grande majorité utilise des préservatifs, les rapports non protégés ont bien sûr augmenté en nombre absolu.

#undetectable – critiques et réactions

Y a-t-il eu des réticences au sein de l’ASS et de ses partenaires par rapport à la campagne? Andreas Lehner: «De nombreux débats ont eu lieu, parfois très animés. Il y avait des partisans et des opposants. Mais les questions critiques nous ont aidés à planifier la campagne avec toute la prudence requise, car nous avons toujours dû nous expliquer et nous remettre en question. L’association tout comme nos partenaires soutiennent désormais pleinement la campagne dans sa forme actuelle.

Et les réactions du groupe cible: La campagne retient l’attention. Nous avons entendu «Cool, il était temps que vous y veniez» tout comme «Ça rime à quoi?». Mais les réactions positives dominent largement. Nous avons reçu quelques commentaires critiques de femmes et d’hommes séropositifs en dehors de la scène gay. Pour moi, le plus grand succès a été la réaction d’un séropositif qui a dévoilé son statut sur Facebook #undetectable. Il a écrit en substance: «Vous voyez, les séropositifs ne sont pas du tout dangereux. A propos, j’en fais partie.» L’Aide Suisse contre le Sida sait qu’il reste encore beaucoup à faire jusqu’à ce que le message ait atteint tout le monde. C’est pourquoi la campagne sera poursuivie et peu à peu étendue à d’autres groupes cibles. L’ASS est aussi pleinement consciente de l’importance de sa collaboration avec d’autres organisations, comme le Conseil Positif.

 

VValo Bärtschi / März 2017