De nos vies – 16 juin 2020

Maman, est-ce que tous les adultes doivent prendre des médicaments?

Dois-je en prendre quand je serai grande?

Et maman, que m'arrivera-t-il quand tu mourras?

Pleins de questions sur lesquelles elle avait chaque fois une réponse, avec laquelle elle a pu m'enlever ma peur et m'a enveloppé de vérité, d'ouverture totale et d'amour, de sorte que j'avais suffisamment de sécurité pour poser toutes ces questions qui me venaient à l'esprit dans le merveilleux et étrange monde d'un enfant.

Ma mère est, et a toujours été, une personne très dévouée tout au long de ma vie. Nous avons beaucoup voyagé, même avant l'âge d'un an, j'ai marché sur le sol de pays étrangers et nous faisons encore des voyages aujourd'hui, la seule différence étant, qu'elle est presque plus en forme que moi qui ait 22 ans. Maman est séropositive. Elle prend toujours ses médicaments. Elle est en bonne santé. En fait, j'aurais pu mettre cette déclaration de séropositivité au début du texte, mais je ne l'ai exprès pas fait parce que ce n'est pas ce qu'elle représente, et je pense qu'il faudrait faire beaucoup plus d'éducation sur ce qu'elle n'est pas, que sur les images effrayantes, les pensées ancrées sur la forte infection et la mort.

Il devrait s'agir bien plus d'ouvrir les yeux sur la positivité des personnes séropositives. Il faut parler du fait que si l'on prend les médicaments et que l'on va régulièrement chez le médecin, qui nous expliquera certainement affectueusement quelles sont les valeurs du laboratoire, on n'est plus contagieux. Mais nous devrions aussi parler de la manière dont on peut se protéger des maladies et de leur origine, afin que même les personnes phobiques des médecins, anxieuses, honteuses et polyamoureuses sachent quand prendre leurs responsabilités pour elles-mêmes et pour les autres.

Il faudrait parler du fait qu'il existe différents groupes où nous pouvons échanger des idées et des expériences et créer davantage de ces espaces protégés. Quand je repense à mon enfance et que mes pensées sont attirées par tel week-end en famille, je suis toujours heureuse de revoir nos visages souriants et insouciants. Il n'y avait aucune raison de se plaindre, parce que pour ces moments-là, nous avions tous le droit de partager quelque chose, d'être à un endroit sûr où chacun pouvait comprendre et profiter de l'expérience des autres et de bénéficier d'une éducation suffisante pour savoir de quoi il s'agissait.

Pour être honnête, je suis heureuse d'avoir pu participé à l'histoire de la santé de ma mère depuis que je m'en souviens. J'ai le droit de la soutenir, de prendre sa défense et celle de toute autre personne qui a été diagnostiquée séropositive et de dire que nous devrions tous avoir droit à la vérité. Aucune personne ne devrait avoir peur parce qu'elle doit vivre dans l'incertitude et il faut que chaque personne qui a pu goûter à cette vérité protège les personnes nouvellement infectées contre les préjugés les plus ignobles. Je ne suis pas moi-même affecté et pourtant je me sens affecté quand il s'agit de la marginalisation des personnes séropositives. Toute personne devrait pouvoir se sentir en bonne santé.

 

Joy Lagler / juin 2020